
Chaque année «Noël » commence de plus en plus tôt, et les signes de la fête qui approche se multiplient dès le début du mois de décembre : décorations de neige artificielle, bougies, guirlandes rouges et vertes sur les éclairages publics ou intégrées aux vitrines. Des arbres de Noël savamment décorés se laissent apercevoir par les fenêtres des habitations et dans certains lieux publics. L'extérieur des maisons, cours ou jardins, est également décoré d'ampoules lumineuses. La musique et les chansons parlent de la joie de Noël, associant facilement l'histoire de Bethléem et des personnages imaginaires. Les magasins sont remplis de clients. Les jeunes enfants écrivent des lettres au Père Noël et rêvent des cadeaux qu'ils trouveront sous l'arbre.
Au premier abord, ce débordement de gaieté et de bonnes intentions semble être en contradiction avec le mystère chrétien qui se célèbre dans la liturgie de l'Église. Les célébrations de l'Avent incluent toujours le thème prophétique de la préparation, ce qui suppose une démarche de conversion : car il s'agit bien de rester vigilant en attendant la venue en gloire du Seigneur à la fin des temps. Tandis que la liturgie déploie ces thèmes, la plupart des familles sont prises dans le tourbillon des préparatifs de Noël, souvent centrés sur la décoration, les menus de fête, la confection ou l'achat des cadeaux pour la famille et les amis.
Aujourd'hui, Noël n'est plus seulement une fête liturgique chrétienne. Par-delà les siècles, elle est devenue une réalité saisonnière dont l'ambiance gagne toute la société et non plus simplement les croyants qui se préparent à accueillir dans la joie la naissance de Jésus. Cette période de l'année est d'une façon ou d'une autre une occasion de réjouissances pour toute la société.
En dépit de ces harmoniques profanes, le nom de la fête souligne sa profonde signification chrétienne et spirituelle. De fait, Noël (du latin natalis, « naissance », «nativité ») fait signe vers la venue du Christ en notre chair. Il en est de même dans les autres langues latines, où Noël se dit Natividad en espagnol, Natale en italien... Dans les pays anglophones, le nom de la fête est aussi très parlant puisqu'il s'agit de Christmas, en usage depuis le Moyen Âge et dérivé du vieil anglais Cristes Maesse ou Mass of Christ, «Messe du Christ ». Une expression qui, au cours des siècles, est devenue un substantif. En français comme en anglais le nom de Noël évoque les traditions religieuses qui célèbrent le mystère bouleversant de Dieu venu vivre parmi les hommes. «La parole a pris chair, parmi nous, elle a planté sa tente et nous avons contemplé son éclat, éclat du Fils unique du Père, plein de tendresse et de fidélité» (Jn 1,14). Noël évoque également toutes les traditions profanes associées à cette période de l'année. Car cette fête célèbre aussi le mystère du don et de l'accueil, non seulement pour les chrétiens contemplant en Jésus le don du Père, mais aussi pour ceux qui ne partagent pas la même foi. Enfin Noël intègre bon nombre de traditions préchrétiennes liées au solstice d'hiver et aux légendes entourant saint Nicolas, lequel a donné naissance au Père Noël.
La primitive Église ne semble pas avoir manifesté beaucoup d'intérêt pour la date exacte ou les circonstances de la naissance de Jésus. Sa priorité essentielle était la consommation de l'histoire et la venue glorieuse du Christ, qu'elle pensait proches. Les premiers chrétiens ont célébré la Pâque hebdomadaire et annuelle et donc le mystère de la Résurrection, quelques centaines d'années avant que n'émerge la tradition de commémorer la naissance du Christ. Les martyrs et les saints eurent l'honneur d'une fête annuelle bien avant que l'anniversaire de la naissance du Seigneur fasse l'objet d'une célébration liturgique. C'est finalement le désir de revivre liturgiquement la totalité du mystère du Christ qui conduisit les chrétiens à fêter la Nativité. Mais il est également probable que les premières hérésies, en particulier le docétisme qui niait la nature humaine du Christ, aient contribué à l'instauration de cette célébration. L'Église se devait de répondre.
La date exacte de la naissance du Christ nous est inconnue. Les évangiles ne nous donnent aucune information sur ce point, et les antiques traditions ne nous sont d'aucun secours. Les spécialistes contemporains se contentent d'avancer une date approximative, probablement dans les années 8-6 avant notre ère, compte tenu des ajustements de notre calendrier moderne. Il existe deux dates traditionnelles : le 25 décembre dans l'Église d'Occident et le 6 janvier dans l'Église d'Orient. L'Église a commémoré la naissance de Jésus à l'une et l'autre date. Rappelons que la seconde correspond à l'Épiphanie. Actuellement, personne ne considère qu'elles coïncident avec la naissance historique de Jésus.

Vraisemblablement Rome célébrait déjà la fête de la Nativité vers 336, et peut-être même une génération plus tôt. Les spécialistes n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord sur les raisons qui ont amené les chrétiens, au tournant des IIIe et IVe siècles, à choisir le 25 décembre pour célébrer la naissance de Jésus. Les hypothèses qui sont encore acceptées aujourd'hui sont celles qui se fondent sur les trois tendances généralement reconnues aux premiers chrétiens : leur très grand respect des symboles, leur propension à emprunter au monde dans lequel ils vivaient, et leurs efforts pour contrecarrer l'influence des fêtes païennes.
Dans l'hémisphère Nord, les symboles naturels sont extrêmement forts en cette période. Chaque année, les chrétiens, comme tous leurs concitoyens, remarquaient que l'équinoxe d'automne accentuait le déclin de la lumière, avec des nuits plus longues et des journées de plus en plus courtes. Au moment du solstice d'hiver, cette situation s'inversait et la lumière du jour commençait à l'emporter progressivement sur les ténèbres de la nuit. Dans le calendrier julien, le solstice d'hiver tombait le 25 décembre, et les chrétiens en firent la date de Noël. Comme nous l'avons déjà dit en traitant de l'Avent, cette date était précédée d'une fête agricole païenne de cinq jours, nommée Saturnales en l'honneur de Saturne, le dieu de l'agriculture. C'était l'occasion d'échanger des présents, de se livrer à des festivités et à des excès. Il est donc fort possible que les premiers chrétiens aient choisi de tourner leur cœur vers le mystère de la naissance du Christ pour s'opposer à cette célébration païenne.

Quoi qu'il en soit des motivations réelles qui amenèrent à choisir le 25 décembre, la fête de la Nativité ne tarda pas à se répandre. Au V siècle, elle marquait le début de l'année liturgique. Ce n'est qu'au Xe siècle, lorsque le temps préparatoire de l'Avent eut reçu sa forme définitive, qu'il remplaça Noël comme début de l'année liturgique, ainsi que nous l'avons déjà mentionné au chapitre précédent.
Mais c'est surtout pendant le Moyen Age que Noël acquit une extrême popularité, tout comme les traditions qui lui étaient associées. À tel point que Noël en arriva à concurrencer la célébration du mystère pascal, central dans le christianisme, et même à l'éclipser quelque peu dans les pratiques populaires. Les nouveaux peuples issus des tribus barbares de l'Europe du Nord adhérèrent de tout leur cœur à cette fête. Ils y ajoutèrent des éléments venus de leurs traditions hivernales préchrétiennes, apposant leur sceau sur des coutumes qui, encore aujourd'hui, entourent la fête de la Nativité.
Au XVIe siècle, dans certains pays, la Réforme protestante remit en question l'inflation des réjouissances qui entouraient Noël, dans la mesure où la plupart d'entre elles étaient sans rapport direct avec le mystère de la naissance de Jésus. En Angleterre, par exemple, les puritains condamnèrent les festivités de Noël comme païennes, et les firent interdire par le biais du Parlement après leur accession au pouvoir (ainsi que celles de Pâques, Pentecôte et Toussaint), sous peine de poursuites. Cette attitude puritaine marqua de son empreinte les colonies américaines au XVIIe siècle.

Les puritains perdirent leur pouvoir politique et la monarchie fut restaurée en Angleterre. Noël fut donc à nouveau célébré dans ce pays, mais sous une forme qui n'était plus tout à fait la même. Les aspects religieux furent réservés aux églises. Dans les foyers, la célébration prit un tour de réjouissances profanes dominées par la joie de se retrouver pour festoyer dans un esprit de paix et de solidarité, mais sans référence à la naissance du Christ. Cette façon de vivre Noël a été immortalisée par Charles Dickens dans A Christmas Carol. Aujourd'hui, c'est à ce type de célébration de Noël que s'adonnent la plupart de nos contemporains, en Angleterre comme dans bien d'autres pays.
Aux États-Unis, les premiers immigrants apportèrent leurs traditions et leurs différentes façons de célébrer Noël. Les catholiques espagnols et français continuèrent à le fêter dans leurs églises avec des liturgies développées, et, à la maison, avec les traditions religieuses qu'ils avaient amenées. Quant aux puritains des États qui deviendraient la Nouvelle-Angleterre, ils se conformaient toujours aux interdits frappant la célébration de Noël. Cette attitude perdura jusqu'au xIxesiècle. Jusqu'en 1856, Noël était un jour de travail à Boston, où les établissements scolaires publics continuèrent même à fonctionner comme d'habitude jusqu'en 1870. Les ouvriers et les étudiants s'exposaient à des sanctions en cas d'absence. Cela dit, à la fin du XIXe siècle, tous les États américains accordèrent une reconnaissance légale à

La France ne connut pas de situation équivalente. Certes, Noël ne put être célébré pendant la Terreur (1793-1795), mais les motifs étaient tout différents de ceux qu'avançaient les puritains. C'est l'époque où le culte fut suspendu et les églises fermées. La Nativité était alors une fête essentiellement religieuse, célébrée par plusieurs messes et des vêpres solennelles. Noël acquit un statut de fête légale au début du XIXe siècle (en germinal de l'an X).

C'est au XIXe siècle que Noël prit l'ampleur que nous lui connaissons. Dans le monde catholique, la Nativité est aujourd'hui célébrée par une messe de la nuit, souvent doublée et parfois même reportée en début de soirée, pour permettre aux jeunes enfants d'y participer. La messe de la nuit rassemble généralement une communauté chrétienne élargie par la présence de paroissiens « occasionnels ». Elle peut commencer par une veillée, avec des chants de Noël traditionnels à teneur religieuse, interprétés par la chorale, et parfois des mimes ou des scènes destinés à mettre en valeur l'esprit de Noël (accueil du pauvre et de l'étranger aujourd'hui). La célébration eucharistique qui suit est marquée par un climat de joie et de solennité : annonce de la Nativité avec la lecture de Luc 2 les enfants placeront alors «Jésus » dans la mangeoire de la crèche, laissée vide jusque-là ; procession des offrandes ; bénédiction solennelle à la fin de la célébration, mettant en valeur 1'« amour infini» de Dieu, le passage des ténèbres à la lumière, la joie du salut, l'alliance cosmique instaurée par la naissance de Jésus. Les paroissiens prolongent généralement cette messe par une rencontre fraternelle autour d'un chocolat chaud. En certains lieux de Provence, la messe de la nuit inclut la vieille tradition locale du «pastrage », c'est-à-dire l'offrande d'un agneau par les bergers de la région, en souvenir de la première annonce reçue par leurs lointains ancêtres d'Israël. La messe de l'aurore n'est plus célébrée dans les paroisses. Quant à la messe du jour, elle reste centrée sur la joie de la Nativité de Jésus Christ, Sauveur du monde et manifestation de l'amour de Dieu pour les hommes. Dans le protestantisme français, la communauté se rassemble habituellement le 24 au soir pour une veillée de prière et d'échanges fraternels autour du sapin, avec les enfants. La Sainte Cène étant célébrée le jour même de Noël.

Actuellement, il existe un mélange, voire une confusion, entre les aspects sacrés et profanes de ce cycle de Noël. Des traditions populaires associées à Noël sont considérées comme religieuses, mais ne le sont qu'indirectement. En fait, elles sont le résultat du processus de christianisation des coutumes préchrétiennes, surtout des traditions liées au solstice d'hiver et au symbolisme lumière-ténèbres si parlant dans l'hémisphère Nord. C'est le cas des arbres et des bougies de Noël, quelles que soient leurs formes, leurs tailles ou leurs couleurs. Par contre, certaines traditions sont religieuses par essence, c'est le cas des liturgies de Noël et des crèches. Elles sont associées à la naissance historique de Jésus et au mystère de l'Incarnation. Il existe aussi des traditions liées à la vénération des saints, tel saint Nicolas, fêté le 6 décembre. Mais même cet évêque s'est «réincarné » d'une manière toute profane avec l'avènement d'un Père Noël (Santa Claus aux États-Unis) de plus en plus éloigné de ses origines.

L'une des caractéristiques du cycle de Noël est la profusion des lumières. Il arrive un moment où toutes les lumières se mettent à briller sous forme de bougies, de cierges ou de guirlandes, un symbole religieux qui a toujours été très répandu. L'usage d'une bougie particulière appelée bougie de Noël est une tradition ancienne. Certains la mettent au centre de la couronne de l'A vent. Signifiant la venue du Christ, elle porte à son achèvement la symbolique déjà présente : la lumière a triomphé, repoussant les ténèbres du péché et l'ignorance religieuse. D'autres la placent bien en vue dans la maison. À l'origine, il s'agissait d'une grosse chandelle qui brûlait en même temps que la bûche de Noël placée dans l'âtre, pour symboliser là encore la lumière du Christ venue en ce monde.
Autres traditions associées à la lumière

Aux États-Unis, les émigrants irlandais du XIXe siècle ont apporté la coutume de placer une bougie sur le rebord de la fenêtre. Cette tradition semble avoir pour origine la bougie de Noël. Cette lumière représente une balise destinée à éclairer le chemin de Marie et de Joseph, ainsi que la venue de l'Enfant Jésus. Mais il est possible aussi qu'elle remonte à l'interdiction du catholicisme en Irlande. Les bougies étaient alors des signes pour les prêtres fugitifs, qui savaient que ces maisons pouvaient leur servir de refuge.
Les Hispaniques des États-Unis, quant à eux, ont l'habitude de planter des bougies dans des sacs en papier remplis de sable qu'ils mettent devant la porte de leurs maisons. Les lumières sont là pour éclairer la route de l'Enfant Jésus. Une coutume qui s'est répandue dans le pays au-delà de cette communauté spécifique.

La tradition de faire une crèche dans les églises remonte au Moyen Âge, où elle servait de support aux jeux liturgiques associés à la messe de Noël. Puis elle s'étendit aux maisons. Une crèche représente la grotte de Bethléem avec les principaux personnages : Marie, Joseph, l'Enfant Jésus dans une mangeoire, les bergers, les anges et les bêtes. Saint François d'Assise popularisa cette coutume avec la crèche vivante de Greccio, un village d'Italie proche d'Assise, la nuit de Noë11223. Ces crèches, édifiées avec des matériaux de toutes sortes, se sont vite propagées dans toute la chrétienté. Tout en gardant un fonds commun, elles peuvent se différencier selon les pays et les régions. Cette tradition, par exemple, est particulièrement vivante en Provence, réputée pour ses santons (ou « petits saints ») qui, outre les personnages traditionnels de la crèche, représentent tout le village : le boulanger, le laboureur, le ravi, etc., tous se hâtant de venir adorer le Christ. La tradition des crèches vivantes subsiste dans de nombreuses régions de France, y compris en dehors des lieux de culte.

À côté de la crèche, l'une des traditions les plus répandues est celle de l'arbre de Noël qui orne les maisons. Elle n'est pas à confondre avec la coutume qui consiste à introduire chez soi des arbres de luI (YuIe) ou des feuillages verts, comme le faisaient les peuples de Germanie au moment du solstice d'hiver. JuI semble venir de l'anglo-saxon geoI, qui signifie «festoyer », «boire ». L'arbre de luI exprimait la nostalgie de verdure pendant l'hiver sombre et froid. Cette tradition devint si populaire que JuI fut parfois employé comme un nom de substitution pour Noël. Faire flamber une bûche de Jul remonte aux anciennes pratiques scandinaves d'allumer des feux de joie en l'honneur du solstice d'hiver.
La plupart des traditions chrétiennes associées aux arbres ou feuillages à feuilles persistantes ont leur origine dans des traditions préchrétiennes, car, avec les couronnes, ils symbolisaient la vie, et cela aussi bien en Égypte ancienne qu'en Chine et chez les Hébreux. Les Teutons et les Scandinaves rendaient un culte aux arbres et décoraient leurs maisons et leurs granges avec des feuillages toujours verts pour éloigner les démons.
Comme beaucoup d'autres traditions chrétiennes, l'arbre de Noël est «originaire» d'Allemagne. On l'appelait l'arbre du paradis. L'arbre de Noël résulte vraisemblablement de l'amalgame de deux traditions : l'une associée aux mystères joués pendant la messe de Noël au Moyen Âge, l'autre préchrétienne en rapport avec une fête des lumières.
Au Moyen Âge, des acteurs ambulants et des troubadours passaient dans les villages. Ils jouaient des récits bibliques ou des histoires à visée morale sur la place ou à l'intérieur même de l'église. L'une de ces représentations mettait en scène Adam et Ève, fêtés le 24 décembre, et s'achevait sur la promesse d'un Messie. Le décor comportait bien sûr l'arbre du Paradis, un sapin sur lequel était accrochée la pomme traditionnelle. Ce sapin réjouissait tellement les enfants que les parents furent vite convaincus d'en avoir un à la maison, surtout lorsque les représentations furent interdites dans les églises à cause des abus. Un arbre du paradis, décoré de pommes rouges de préférence et de divers autres fruits et confiseries, ne tarda pas à s'imposer comme une tradition familiale incontournable.
Une autre tradition était très répandue chez les peuples germaniques à cette époque : à l'approche du solstice d'hiver, ils célébraient une fête des lumières comme ils l'avaient toujours fait depuis les temps les plus reculés, bien avant l'implantation du christianisme. Après leur conversion, ces peuples donnèrent une signification nouvelle à cette fête du solstice d'hiver, en faisant de la lumière feu de joie ou bougie le symbole de la lumière du Messie, le Christ illuminant les ténèbres du péché et de l'esprit. Chaque année, ces lumières étaient disposées sur des espèces de gradins décorés de feuillages verts, qui formaient une pyramide au sommet de laquelle était placée l'étoile de Bethléem. Au XVIIe siècle, il semble que ces deux traditions aient fusionné pour des raisons pratiques. Les lumières et l'étoile de Bethléem furent accrochées à l'arbre du paradis, qui avait la même forme que la «pyramide de Noël ». Voilà comment naquit en Allemagne l'arbre de Noël.
La tradition de l'arbre de Noël est relativement récente dans bon nombre de pays. Très populaire en Allemagne au début du XIXe siècle, elle passa dans les pays slaves et en France, où elle aurait été introduite par Hélène de Mecklembourg, épouse du duc d'Orléans. Cela dit, il semble que l'Alsace connaissait déjà cette tradition depuis les XVIe-XVIIe siècles. Quant à l'Angleterre, le sapin de Noël n'y aurait été introduit que vers les années 1850. C'est l'époque où il s'implanta aux États-Unis par le biais de l'immigration allemande. Mais la coutume existait déjà dans des cercles restreints : soldats venus de Hesse au moment de la Révolution américaine, membres de l'Église morave d'Allemagne.
Au départ, ces arbres de Noël étaient de petits arbres qu'on plaçait sur une table et qu'on ornait de décorations fabriquées à la maison : aiguilles à coudre, confiseries, rubans. Puis on opta pour des arbres qui faisaient la hauteur de la pièce et des décorations de fabrication industrielle, dont des guirlandes lumineuses grâce aux progrès de l'électricité à la fin des années 1930.
Aujourd'hui, les arbres de Noël ont les formes les plus variées, certains sont même fabriqués avec des matériaux de synthèse. Pour beaucoup, il s'agit là d'une simple décoration qui marque les vacances. Mais l'arbre de Noël est riche de toute une symbolique chrétienne : le vert de l'espérance à un moment où tout, dans la nature, semble mort, la lumière du Christ qui brille en un temps de ténèbres spirituelles, et enfin les fruits du paradis.

Les chants associés à la fête de Noël appelés carols en anglais 19 et noëls en français étaient à l'origine des chants liturgiques latins (ou cantiques), et cela même au ve siècle. Les noëls tels que nous les connaissons aujourd'hui se sont développés en Italie au XIIIe siècle, sous l'influence de saint François d'Assise, puis se sont répandus dans toute l'Europe. Les noëls que nous chantons ont été composés par des auteurs connus ou anonymes, tant catholiques que protestants. Les Anges dans 19. Du vieil anglais carolen, «chanter joyeusement », lequel remonte au grec choraulein, une ronde dansée au son de la flûte.
Il est né le divin enfant sont dus à des compositeurs français du XIXe siècle, époque à laquelle a été composé en Allemagne Douce nuit, sainte nuit. Le répertoire français en compte de plus anciens, attachés à telle ou telle région : Noëls bourguignons, Noëls nouveaux (XVIIe), Pastorales (XVIIe).
La tradition pour les enfants d'aller chanter des noëls de maison en maison, coutume typique de l'Angleterre du XIXe siècle, n'existe plus comme telle. Mais aujourd'hui des groupes de bénévoles se rendent volontiers dans les hôpitaux, maisons de retraite pour personnes âgées, etc., pour chanter ces chants traditionnels et mettre de la joie dans «l'esprit de Noël ».

La tradition d'échanger un baiser sous le gui, qui aujourd'hui est une occasion de se témoigner de l'affection et de s'amuser, était un acte empreint de gravité à l'époque préchrétienne. Chez les druides, groupe religieux présent en Gaule, en Irlande et en Bretagne insulaire avant l'avènement du christianisme, le gui était considéré comme une plante sacrée dotée du pouvoir de guérir et de protéger contre les sorts. Et ce caractère était si marqué que, lorsque des ennemis se rencontraient sous le gui, ils devaient obligatoirement observer une trêve. De là, la coutume de suspendre du gui à la porte d'entrée des maisons pour inviter les visiteurs à la paix et à la bienveillance, signifier aussi l''hospitalité. Quand la Bretagne insulaire devint chrétienne, l'usage du gui fut interdit à cause des pratiques païennes qui lui étaient associées. Cela dit, il ne tarda pas à devenir un symbole du Christ utilisé à Noël en ce même pays, à cause des pouvoirs de guérison qu'on lui attribuait.

L'usage du houx dans la tradition religieuse et les décorations de Noël a sa source en Europe du Nord, où le houx était appelé «l'arbre saint ». À cause de son apparence, il était assimilé au buisson ardent de Moïse et à l'amour fervent de Marie envers Dieu. Ses baies rouges et ses épines devinrent aussi le symbole de la couronne d'épines et de la mort sanglante que le Christ avait subies.

La coutume d'envoyer des cartes de Noël avec les vœux qui les accompagnent ne remonte qu'à la fin du XIXe siècle. On la devrait à un Anglais, John Calcot Horsley, à qui l'on attribue l'idée de la première carte. Aujourd'hui, elles sont extrêmement variées : reproduction d'œuvres d'art connues ou moins connues représentant la nativité de Jésus, scènes hivernales ou humoristiques accordées aux vacances et sans aucune signification religieuse, symboles de paix et de fraternité universelle. Tous les ans, des milliers de cartes sont envoyées dans le monde. L'usage du courrier électronique renouvelle encore cette tradition avec l'envoi de cartes virtuelles, de compositions ou de photos plus personnelles.

Dans l'ancien temps, les livres étaient inexistants et les vitraux étaient l'unique support visuel de la foi. Par conséquent, la représentation des mystères de la vie de Jésus jouait un rôle très important dans l'édification et l'éducation du peuple chrétien. L'un de ces mystères était la Nativité, souvent mis en scène dans le cadre du culte public ou de la messe.
Au XVe siècle, les autorités ecclésiastiques interdirent ces représentations à l'intérieur du lieu de culte à cause des nombreux abus et excès qui les accompagnaient. Mais elles survécurent sous une forme «épurée» en dehors des bâtiments ecclésiaux. Trois siècles plus tard, ces représentations de Noël redevinrent populaires en Allemagne sous une forme simplifiée et elles se propagèrent aux États-Unis avec l'arrivée des immigrants. Certains personnages étaient intégrés à la liturgie de Noël, tant dans les églises protestantes que catholiques, avec des enfants costumés représentant Marie,
Joseph, les bergers et les anges. Aujourd'hui, il ne subsiste parfois qu'un élément de ces représentations. Par exemple, on se contente de porter en procession une statue de l'Enfant Jésus jusqu'à la crèche faite dans l'église.
En France, les représentations de Noël, une fois «expulsées» du sanctuaire, furent assumées par les patronages ou certains autres groupements catholiques.
Les cadeaux
Il est tout à fait compréhensible qu'une fête marquée par un esprit de bienveillance, de solidarité et une charge émotionnelle aussi forte soit l'occasion d'échanger des cadeaux en famille et entre amis. Cette coutume, qui est l'une des caractéristiques de Noël, est plus ancienne que la fête elle-même. Les Saturnales romaines donnaient lieu, elles aussi, à des réjouissances comprenant un échange de présents.

Cet échange de cadeaux est traditionnellement entouré de secret, surtout pour les enfants. À l'époque où la célébration de Noël était entièrement religieuse, on disait aux enfants que leurs cadeaux avaient été apportés par le Petit Jésus, au moins dans certaines familles et régions. C'était le cas, entre autres, en Alsace, Suisse, Allemagne. C'est lui aussi qui achevait la décoration du sapin ou de la crèche... Cette tradition existait encore il n'y a pas si longtemps.

Beaucoup de parents se demandent quoi faire de ce personnage si populaire chez les enfants et dans la société. L'origine de cette tradition est un mélange voulu et fascinant du saint évêque Nicolas, du Père Noël, du Bonhomme de Noël (Weihnachtsmann) et du dieu Thor de la mythologie nordique.
D'après Claude Lévi-Strauss, le Père Noël est le «produit d'un phénomène de convergence et non un prototype ancien partout conservé2O ». Son arrivée en France par le biais des États-Unis au début du XXe siècle nous oblige à faire un détour par ce pays et les régions marquées par la Réforme.
Au lendemain de la Réforme, la vénération des saints fut abolie dans la plupart des pays protestants. Les traditions qui leur étaient associées le furent également. C'est ainsi que saint Nicolas (t 350) fut «banni ». Évêque de Myre, dans l'actuelle Turquie, il était vénéré comme confesseur de la foi pour avoir été emprisonné lors d'une persécution perpétrée à l'encontre des chrétiens.
La légende raconte qu'il avait l'habitude de faire des cadeaux en secret. Sa fête était célébrée le 6 décembre. La veille, d'après une tradition populaire, ce personnage pourvu d'une longue barbe blanche visitait les maisons, vêtu de sa robe « épiscopale ». Il interrogeait les jeunes enfants sur leur comportement et les encourageait à se préparer pour la venue du Seigneur la nuit de Noël. Il leur distribuait de petits cadeaux : friandises, fruits ou jouets. Parfois cette visite se faisait en secret, la nuit, et au matin les enfants retrouvaient leurs chaussures remplies de présents. Cette tradition se poursuit d'une façon ou d'une autre chez certains catholiques, en particulier en Alsace et en Lorraine pour ce qui est de la France.
Après la Réforme, seuls les protestants hollandais conservèrent cette tradition d'une visite de saint Nicolas (Sinter Klaas) la veille du 6 décembre. Ils importèrent cette tradition et ce nom dans les colonies américaines jusqu'à faire de saint Nicolas le patron de leur premier lieu de culte à New York. Les Hollandais perdirent le contrôle de leurs colonies, qui passèrent aux Anglais. Les enfants protestants anglophones envièrent les cadeaux que leurs petits camarades hollandais recevaient de Sinter Klaas, qu'ils appelaient Santa Claus. Mais leurs parents ne voulurent jamais adopter une coutume qui incluait un saint catholique, évêque de surcroît.
Ce qui donna lieu à une bien étrange tradition. La visite secrète avec les cadeaux fut reportée la veille de Noël et absorbée par cette fête. Le saint fut remplacé sauf en ce qui concerne son nom de Santa Claus par un personnage entièrement nouveau qui associait les traits du Père Noël, populaire en Angleterre, certaines caractéristiques du Bonhomme de Noël (Weihnachtsmann) et du dieu mythique Thor, et enfin un petit quelque chose de saint Nicolas. Les couleurs rouge et blanche du Père Noël, par exemple, sont à la fois la couleur des vêtements de saint Nicolas et du dieu scandinave Thor.
Le Bonhomme de Noël, personnage créé dans certains pays protestants pour remplacer saint Nicolas, influença l'évolution du Père Noël. Symbole profane, il était doté d'un traîneau tiré par des rennes, et il effectuait ses visites par les cheminées. En Angleterre, saint Nicolas avait été remplacé par le PatheT Christmas, un Père Noël, qui n'est pas encore celui que nous connaissons.
Le Père Noël actuel est donc un personnage créé de toutes pièces, qui n'en reste pas moins sympathique. En 1809, Washington Irving contribua à l'évolution de cette entité par sa Knickerbocker's History of New York. Il y décrivait saint Nicolas comme un Hollandais bien en chair, fumeur de pipe, qui parcourait sur les toits dans un chariot, et laissait tomber le contenu de ses poches dans les cheminées. Ultérieurement, ces détails furent amplifiés et saint Nicolas devenu Santa Claus fut dépeint sous les traits d'un « vieux lutin jovial» en 1822, avec le célèbre poème de Clement C. Moore qui commence par ces mots : «Twas the night before Christmas... ». D'autres détails furent ajoutés par des dessinateurs comme Thomas Nast à la fin du XIXe siècle, qui apporta la touche finale au personnage du Père Noël que nous connaissons aujourd'hui21.
Ces dessinateurs reprenaient certains détails de la mythologie nordique relatifs au dieu Thor : d'un âge avancé, plein de bonhomie (bien qu'il s'agisse du dieu de la guerre), barbe et cheveux blancs, ami des gens simples, habitant d'un pays du Nord, spécialiste des voyages dans le ciel sur un traîneau tiré par des rennes et, en tant que dieu du feu, attiré par les cheminées et les âtres.

Après le 25 décembre, les traditions propres de Noël- qu'elles soient religieuses ou profanes ne se prolongent pas longtemps dans la plupart des familles. Certes, les vacances ne sont pas encore terminées, les visites familiales ou amicales se poursuivent pendant une bonne semaine, mais la vie reprend vite son cours habituel".
L'Église, toutefois, n'en a pas encore fini avec le cycle de la Nativité". Les cantiques de Noël restent présents dans les liturgies jusqu'à l'Épiphanie, célébrée le 6 janvier ou le dimanche qui tombe entre le 2 et le 8 janvier. Les fêtes se succèdent pendant toute cette période : la Sainte Famille, le dimanche entre Noël et le 1er janvier ; saint Étienne, premier martyr, le 26 décembre ; saint Jean, évangéliste, le 27 ; les Saints Innocents, le 28, qui rappellent certains événements entourant la naissance de Jésus (Mt 2,16-18)". Le 1er janvier ou Jour de l'An est l'octave de Noël qui, autrefois, était fêtée comme une sorte de répétition de la Nativité. Enfin l'Épiphanie l'une des principales célébrations chrétiennes et le Baptême du Christ marquent la fin du cycle de Noël. Les crèches sont retirées, les santons et autres décorations, qui ont contribué à donner une atmosphère si dense et si festive aux semaines précédentes, sont rangés.
Les grandes fêtes chrétiennes se prolongeaient généralement pendant une semaine22, et s'achevaient par une octave23 (du latin «huitième jour»). Les « festivités24 » se poursuivaient pendant tout ce laps de temps. Ces octaves attachées à la célébration des principaux mystères du Christ étaient possibles à une époque où les gens avaient la liberté d'organiser leurs emplois du temps et où la vie de famille pouvait s'accorder aux célébrations de l'église locale.
Nos contemporains ont du mal à imaginer une époque où cet « esprit » de Noël que nous connaissons n'existait pas, ni dans la sphère du religieux ni dans celle du profane. Et pourtant... L'Église célébra la fête des martyrs avant même qu'un cycle de Noël ne voie le jour. Leurs fêtes sont restées à leur place dans le calendrier de l'Église et sont célébrées par une liturgie propre dans les paroisses. Les traditions religieuses populaires associées à ces fêtes ont connu leur heure de gloire en Europe, mais elles se sont perdues aujourd'hui.
Ces fêtes, qui ponctuent le temps de Noël, témoignent de trois types de martyre habituel en temps de persécution : le premier est celui des chrétiens qui ont donné leur vie volontairement (saint Étienne) ; le deuxième, celui des chrétiens qui, désireux de mourir pour le Christ, n'ont pas été mis à mort (saint Jean) ; le troisième enfin est celui des personnes qui ont été tuées à cause du Christ sans l'avoir choisi (les Saints Innocents).
La fête de saint Étienne est célébrée le 26 décembre. Traditionnellement, il est considéré comme le premier disciple du Christ à avoir subi le martyre pour sa foi. Le Nouveau Testament le présente comme l'un des diacres qui assuraient un ministère au service des judéo-chrétiens de langue grecque, à Jérusalem. Étienne fut arrêté par les autorités religieuses juives à la suite du conflit qui les opposait au christianisme naissant et, après un témoignage inspiré, il fut lapidé (voir Ac 6 et 7).
La fête de saint Jean l'évangéliste est célébrée le 27 décembre. Ce disciple est traditionnellement identifié à celui « que Jésus aimait », et on le considère comme l'auteur du dernier évangile et du livre de l'Apocalypse. Il exerça son apostolat à Éphèse avant d'être exilé à Patmos. Une tradition assez rare est encore associée à sa fête dans certaines régions du monde : la bénédiction et la distribution d'un « vin de saint Jean» ou «Amour de saint Jean ». Ce vin est gardé à la maison le reste de l'année pour être servi en des circonstances particulières : aux jeunes mariés au retour de la célébration des noces et aux mourants. Cette coutume serait liée à la légende selon laquelle Jean but du vin empoisonné sans en être incommodé, sans oublier qu'il est le seul à mentionner les noces de Cana, où l'eau fut changée en vin.
À la différence des fêtes de saint Étienne et de saint Jean, la célébration du 28 décembre est en lien direct avec Noël. Dans le récit qu'il fait de la naissance de Jésus, Matthieu évoque le massacre ordonné par le roi Hérode de tous les petits garçons innocents de Bethléem, âgés de moins de deux ans (Mt 2,13-19). Une décision qui occasionna la fuite de la Sainte Famille en Égypte. Ce récit évangélique rejoint les sources historiques qui rapportent la tendance d'Hérode à faire exécuter quiconque semblait menacer son pouvoir, y compris les membres de sa propre famille. Matthieu a vraisemblablement inclus cet épisode pour des motifs théologiques : tout comme le peuple élu dut sortir d'Égypte pour devenir le peuple d'Israël la nation juive, ainsi le Messie, l'Élu, devait-il sortir d'Égypte pour donner naissance à l'Église, considérée par Matthieu comme le Nouvel Israël.
La fête de la Sainte Famille n'est célébrée par l'Église universelle que depuis 1920. Elle était alors fixée au troisième dimanche après l'Épiphanie, mais aujourd'hui elle est célébrée le dimanche qui tombe entre Noël et l'Épiphanie. La dévotion à la Sainte Famille remonte au XVIe siècle.

La célébration du Jour de l'An le 1er janvier, avec sa thématique propre, n'est pas une tradition ancienne universelle. Chez certains peuples, le calendrier profane commençait à une autre date25. Il était par exemple courant de le voir débuter le 25 mars, date de l'équinoxe de printemps. Ce fut le cas de l'Angleterre jusque dans les années 1750. Le Jour de l'An était célébré le 1er mars dans l'Empire franc jusqu'au VIIIe siècle ; le jour de Pâques en France jusqu'au XVe siècle ; à Noël en Scandinavie et en Allemagne jusqu'au XVIe siècle.
Pour l'Empire romain, la date du 1 er janvier fut établie en 45 avant notre ère, quand Jules César promulgua le calendrier julien. En 1582, le pape Grégoire XIII modifia ce calendrier. Le comput utilisé alors pour diviser l'année est encore en usage de nos jours. Ce calendrier grégorien remit le Jour de l'An le 1er janvier. Les pays protestants, quant à eux, rejetèrent cette décision. De ce fait, il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que le 1er janvier
soit célébré comme Jour de l'An en Allemagne, en Grande-Bretagne et dans les colonies américaines (1752), ainsi qu'en Suède (1753).
Les chrétiens associèrent différents thèmes religieux au 1er janvier. Aucun d'entre eux ne correspond à la conception profane du Nouvel An si répandue de nos jours. D'abord, il fut célébré en tant qu'octave de la Nativité, dont il reprenait les thèmes. L'Église institua des liturgies pénitentielles et un jeûne pour contrecarrer les pratiques païennes tapageuses qui entouraient le Nouvel An. En 567, le second concile de Tours prescrivit un jeûne de trois jours correspondant aux trois premiers jours de la nouvelle année.
Mais l'Église ne réussit jamais à empêcher les célébrations turbulentes de la nuit du 1er janvier, malgré les accents pénitentiels qu'elle tenta d'associer à cette date. D'autres thèmes religieux prirent alors le relais. Le premier est un thème marial, car en ce jour la liturgie papale se déroulait dans l'église la plus anciennement dédiée à Marie, Sainte-Marie d'au-delà du Tibre. Cette fête célébra d'abord la naissance de Marie26 qui avait mis au monde Jésus, ce qui prolongeait la thématique de Noël.
Au cours du VIe siècle, en Espagne et en Gaule, l'Église consacra le 1er janvier à la circoncision de Jésus, qui, d'après les Écritures, eut lieu huit jours après sa naissance (Lc 2,21). Ce thème ne gagna Rome qu'au XIIIe siècle ; il fut ajouté à la célébration de l'octave et de la fête mariale.
Actuellement, le 1 er janvier est toujours une solennité qui associe les thèmes propres de l'octave de Noël à la célébration de Marie, Mère de Dieu, auxquels s'est ajoutée plus récemment la prière pour la paix dans le monde. Le thème de la circoncision de Jésus a été abandonné en 1969. La Nativité est toujours évoquée par le biais des chants, de la musique et des ornements.

La célébration du 1 er janvier comme Jour de l'An n'a jamais fait partie de la liturgie de l'Église, bien que cet aspect soit souvent évoqué dans les homélies. La majorité des coutumes liées au Nouvel An relève davantage du profane que du religieux. La tradition qui consiste à boire et à faire la fête au moment où l'ancienne année laisse sa place à la nouvelle remonte très loin. Elle porte l'empreinte de vieux rites religieux païens. Il fallait dire adieu à l'année ancienne et saluer la nouvelle : sonner pour la fin de l'une et sonner pour le début de l'autre. Les anciens rites religieux païens incluaient une sorte de confession et de réparation pour les fautes et le mal commis au cours de l'année qui s'achevait, une cérémonie où l'on allumait les feux nouveaux, enfin un rite de communion avec les morts. On faisait du bruit avec des cors, tambours et cris pour éloigner les esprits mauvais, considérés comme particulièrement virulents en cette période de l'année. Coutume qui n'est pas sans évoquer les rites associés à Halloween qui, chez les Celtes dont vient cette fête, était le premier premier jour de l'année.

L'Épiphanie est fêtée avec une réelle solennité le 6 janvier ou alors le dimanche qui tombe entre le 2 et le 8 janvier. Épiphanie vient du grec epiphaneia, qui signifie «manifestation », «apparition» ou « révélation ». Ce terme était utilisé pour désigner l'apparition d'un dieu à des êtres humains autrement dit une théophanie ou la visite d'un haut dignitaire de l'État. L'Église orientale de langue grecque trouva naturel de reprendre ce substantif pour signifier l'apparition ou la manifestation du Dieu véritable en notre chair. Certaines Églises d'Orient célébraient la fête du 6 janvier en commémorant le baptême de Jésus au Jourdain et son premier miracle à Cana ; d'autres Églises, elles, commémoraient sa naissance ou l'ensemble de ces trois manifestations. En fait, les spécialistes ne s'accordent pas sur le contenu primitif de cette fête, qui variait selon les Églises d'Orient.
Nous possédons des témoignages antérieurs au me siècle d'une célébration de la Nativité en Égypte et dans les Églises du Moyen-Orient. Les théories qui tentent d'expliquer ce choix du 6 janvier s'appuient sur le même type d'arguments que celles qui essaient de rendre compte du 25 décembre pour l'Église d'Occident. Une explication courante, remise en question par la recherche contemporaine, se base sur la date du solstice d'hiver, qui tombait vu le calendrier en vigueur dans ces régions le 6 janvier. Ce jour-là, les païens célébraient la manifestation (épiphanie) dans le monde des hommes d'Aion, dieu du temps et de l'éternité, avec des rites qui mettaient en jeu le vin, l'eau et la lumière. Les chrétiens auraient donc adopté ce jour pour fêter l'Incarnation, en intégrant à leur liturgie le récit des « épiphanies» du Christ rapportées par les évangiles : au moment de sa naissance à l'occasion de la visite des mages, lors de son baptême au Jourdain et enfin aux noces de Cana quand il changea l'eau en vin. Cette thématique composite faisait sens pour les premiers chrétiens d'Orient, puisque
Jésus ne fut révélé à ses contemporains qu'au moment de son baptême.
La célébration de l'Épiphanie fut introduite en Gaule au milieu du IVe siècle à cause des liens étroits existant entre les Églises de ce pays et les Églises d'Orient. En Gaule, la fête de l'Épiphanie associa la visite des mages, le baptême de Jésus, sa transfiguration et le miracle de Cana.
À la fin du IVe siècle, les Églises d'Orient et d'Occident s'empruntèrent l'une à l'autre leurs fêtes respectives de la Nativité. Dès lors Noël et l'Épiphanie furent célébrés dans les deux Églises.
À cause de ce dédoublement il fallut assigner un thème différent à chacune de ces fêtes. L'Orient continua à mettre en valeur le thème des «épiphanies » de Jésus avec les récits évangéliques du baptême27 et du miracle de Cana. En Occident, la célébration de l'Épiphanie fut recentrée sur la visite des mages (Mt 2,1-12) à l'occasion de la naissance de Jésus, et par là sur sa manifestation aux gentils.
Ce temps de Noël s'achève officiellement le dimanche qui suit l'Épiphanie, lequel commémore le baptême du Christ.

Le récit évangélique de la visite des mages, si étroitement associé à l'Épiphanie, ne doit pas
27. Dans l'Église d'Orient, l'Épiphanie est traditionnellement le jour de la bénédiction des eaux : sources, rivières, lacs, fontaines.
être considéré comme historique. Il s'agit bien plutôt d'une réflexion sur un aspect important du mystère de l'Incarnation : le Messie est venu non seulement pour les Juifs, mais aussi pour tous les peuples. C'est ce thème que met en valeur l'évangile de Matthieu. « Mage » est un mot grec désignant une caste de savants babyloniens, probablement des astrologues capables aussi d'interpréter les rêves. Il s'accorde bien au symbolisme des circonstances surnaturelles qui ont guidé ces représentants des nations païennes jusqu'au Messie. L'auteur évangélique fait référence aux prophéties des Écritures juives (par exemple Is 60,16) pour mettre en valeur la portée universelle de la naissance de Jésus. En outre, dans le psaume 72 (versets 10 et suivants), le Roi de Juda (l'un des titres du Messie) reçoit la promesse de dons. En Orient, l'or, l'encens et la myrrhe, les trois présents mentionnés par l'Évangile, signifiaient le respect et la vénération. La tradition y a vu les symboles de la destinée de Jésus : l'or pour sa royauté, l'encens pour sa divinité, la myrrhe pour ses souffrances et sa mort.
Cette réflexion évangélique sur la naissance du Messie s'est enrichie au fil des siècles de détails bien connus. Les mages ont été identifiés à des rois par Tertullien (160-225) ; leur nombre a été porté à trois par Origène (f 254) à cause des présents mentionnés. Des légendes du IXe siècle leur ont donné une apparence plus précise et un nom. Les trois rois représenteraient les trois races principales de l'humanité : Melchior est un vieil homme à la peau claire doté d'une barbe blanche,
Qui porte l'or ; Caspar ou Gaspar est un jeune homme plus foncé (de race asiatique ?) qui porte l'encens ; enfin, Balthasar est un Noir, et il porte la myrrhe.

Depuis le Moyen Âge, une autre tradition populaire a été associée à la fête de l'Épiphanie : la bénédiction des maisons avec de l'eau bénite et de l'encens. Le rite requiert un prêtre ou un laïc, qui doit inscrire à l'intérieur de la porte principale les initiales des mages et les chiffres de l'année en cours reliés par des croix, et cela avec une craie préalablement bénie28. Les initiales (C-M-B) renverraient, selon une autre explication, aux premières lettres de la bénédiction Christus mansionem benedicat (du latin : « Que le Christ bénisse cette maison »).
La Chandeleur, ou fête de la Présentation du Seigneur

Deux autres fêtes ont une thématique qui les rapproche de la Nativité, mais elles se célèbrent en dehors du cycle de Noël proprement dit. La première est la Chandeleur le 2 février, quarante jours après la Nativité. On peut considérer qu'elle clôt le temps des lumières qui caractérise le cycle de Noël. L'évangile de cette fête rapporte les mots de Siméon selon lesquels l'Enfant Jésus est la «lumière de la révélation, destinée aux nations » et la « lumière de la gloire d'Israël, son peuple » (Lc 2,32).
Cette fête était célébrée à Jérusalem dès le l siècle. Bien qu'à l'origine elle se soit appelée le « Jour de saint Siméon », elle est devenue une commémoration de la purification de Marie quarante jours après la naissance de Jésus, conformément à la loi juive : « À la fm des jours nécessaires à leur purification selon la loi de Moïse, ils [ses parents] l'ont emmené à Jérusalem. Ils l'ont présenté au Seigneur cQmme il est écrit dans la Loi du Seigneur : "Tout mâle qui ouvre le sein sera consacré au Seigneur" ; et ils ont fait un sacrifice, comme il est dit dans la loi du Seigneur : "une paire de tourterelles ou deux jeunes pigeons" » (voir Lc 2,22-24 et Lv 12,6-7).
À la fin du VIle siècle à Rome, cette fête était célébrée avec une procession des lumières. Celle-ci pourrait être le substitut d'une procession païenne similaire tout autour des murailles de la ville. Elle garda la tonalité expiatoire et pénitentielle qui fut la sienne aux origines jusqu'à une période récente, comme en témoignaient les vêtements liturgiques de couleur violette. Ce jour reçut finalement le nom bien connu de Chandeleur (qui vient de «chandelle»), à cause des cierges bénis avant la messe et la procession. Aujourd'hui, cette fête s'appelle la Présentation du Seigneur. On y bénit toujours les cierges, et la procession reste en vigueur quand les lieux le permettent.